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Congo Na Paris / Culture  / INTERVIEW : Baloji

INTERVIEW : Baloji

Baloji, né le 12 septembre 1978 à Lubumbashi en République démocratique du Congo, est un rappeur belge d’origine congolaise. Il est aussi anciennement connu comme MC Balo au sein du groupe Starflam.

En 2008, il publie son premier album solo, Hotel Impala, certifié disque d’or et doublement récompensé aux Octaves d’or. Il est suivi par un deuxième album solo, Kinshasa succursale en 2010, et d’un EP solo intitulé 64 Bits and Malachite en 2015.

CNP a rencontré l’artiste le mois dernier à Paris. 

Après avoir été de nombreuses années au sein du groupe de rap liégeois Starflam, vous démarrez en 2007 une carrière solo avec la sortie en 2008 de votre 1er album Hôtel Impala. Votre univers musical depuis Starflam a complètement changé. C’est une mosaïque d’influences, de tonalités et de thèmes différents. On retrouve dans vos morceaux du hip-hop; de l’électro, l’afrobeat, le funk, l’opéra et rythmes africains notamment congolais. Comment expliquez-vous ce changement et aujourd’hui, comment qualifiez-vous votre style musical ?

Je suis incapable de qualifier mon style.

Ma révélation m’est venue de Manu Dibango. Pour moi, Manu Dibango, c’était le mec dont la chanson avait été reprise dans le Hit de Mickael Jackson.  Je ne connaissais rien de sa musique puis j’ai écouté un sample de Manu Dibango pour en faire un morceau d’Hip Hop qui est devenu « Tout ceci ne vous rendra pas le Congo ».

Puis de la même façon que je m’intéresse à la Soul , au Jazz pour Starflam, je me suis rendu compte que Manu Dibango avait fait énormément au Congo. Il faisait parti des gens qui ont amené la batterie dans la rumba congolaise parce que chez nous, c’était la percussions. À ce moment là, je me suis dit au lieu de copier les américains, il y a un truc plus intéressant dans la musique africaine au sens large. Par exemple, quand Kanye West sample du Otis Redding ,c’est son héritage, c’est la musique de ses parents. C’est logique. Mais quand nous on fait on arrive toujours avec un temps en retard, car ce n’est pas notre culture, même si on  dit que l’on a grandi avec la soul, ce n’est pas notre culture, c’est la leur. 

Je me suis dit il faut vraiment que l’on se crée un son qui ne soit pas une copie des américains qui soit vraiment le nôtre. 

Dix ans et deux albums (Hotel Impala 2008 et Kinshasa Succursale en 2010) plus tard, vous revenez avec un troisième album sorti le 23 mars nommé « 137 avenue Kaniama ». Cet album s’est un peu le troisième tome du voyage initiatique au pays de votre double culture. Pouvez-vous nous expliquer un peu cet album. Qu’est-ce que l’on y trouve ? 

C’est un album en trois parties que j’ai mis en couleur. 

Il y a la partie jaune qui est plutôt sur le rythme, le groove – plusieurs types de rythmes différents.

La deuxième partie est bleue, est plus charnelle.


La troisième partie est orange. C’est mon regard vers des tas de situations, des situations personnelles, des situations politiques, des situation du pays (Ndlr Congo-Kinshasa) — je pense par exemple au dernier morceau de l’album, Tanganyika qui porte un regard sur l’Afrique ou un morceau comme Tropisme qui parle d’un faux pays africain. 

Comment s’est passé la réalisation de ce nouvel album et notamment le clip Peau  de chagrin/Bleu de nuit tourné à 500 kilomètre de Kinshasa ? C’est là-bas notamment que vous avez tourné le  magnifique clip « Peau de chagrin/Bleu de nuit ». Un clip poétique, vous êtes inspiré d’un mariage traditionnel pygmée. Pouvez-vous en dire davantage sur ce clip ? 

Le clip a été tourné à Lusaka; C’est la chanson qui illustre la deuxième partie de l’album, la partie bleue que je disais “charnelle” qui parle de plusieurs types de relations amoureuses, un mariage pygmée entre autres. C’est un élément clé de l’album.

Au Katanga, il y a deux choses avec les pygmées :  

  • les théâtres d’’instruction civique.  À l’école, on t’apprenait comment se comporter : ne pas accepter l’argent, éviter la sorcellerie, c’était des spectacles mis en scène par des pygmées. C’était devant des corps végétales.
  • les mariages. C’était à chaque fois des installations, les gens venaient donner des chèvres, il y a un petit cérémonial. Le fait que je sois seule sur la pochette les fleurs en main veut dire que ma partenaire est soit en retard ou à soit renoncé à ses engagements, c’est la solitude affective.

Que signifie ce titre ?

“Peau de chagrin” c’est une chanson qui parle sur le fait de chercher l’amour dans les rapports sexuels. 

En 2008, votre premier album était une réponse à la lettre reçue en novembre 2005 par votre mère. Comme dans le premier, il est à nouveau question de votre mère mais pas que… vous parlez de l’héritage laissé à votre enfant (La dernière), vous dénoncez la question sociale en RDC, notamment le manque d’électricité — le fameux délestage (Soleil de volt), vous parlez de racisme en Europe et du « Kongaulois ». Pouvez nous d’abord nous expliquer ce terme. Qu’est-ce qu’un «Kongaulois » ?

Ça fait beaucoup de questions. (rires)

C’est ce que l’on est, on est des “Kongaulois”. J’ai écris avec un K qui renvoie au bantu, au royaume Kongo. C’est l’association des deux que je trouve intéressante. Comme je le dis “Je descends d’un arbre, un arbre généalogique. Je ne suis pas né de la diversité mais de l’hôpital public”. C’est donc ramener à l’idée qu’en Europe on est toléré en tant que Noir-e-s,faire abstraction à ce plafond de verre, c’est indéniable. C’est donc important de ne pas oublier que l’on est toléré dans ce pays. Pour parler clairement, on est dans un pays raciste. 

Concernant ma fille, j’essaye de lui dire qu’il faut dealer avec  ça. Comme je le disais dans mon premier album, il faut faire trois fois plus en tant qu’étranger parce que la société nous en demande plus et d’accepter sa condition de noir-e-s comme un atout. 


Enfin, est-ce que cet album est un testament, album d’un homme accompli, à l’aube de ses 40 ans ? 

J’ai fais mon disque pour ma fille, même si elle ne le comprend pas aujourd’hui. J’ai appris avec mon premier album que tu peux écrire des choses et que cela a  des résonances 5 à 10 ans après. 

J’ai vraiment fait cet album comme mon dernier. 

On arrive à la fin de l’interview. Avez-vous un mot pour le festival Congo Na Paris ?

Force à Congo Na Paris ! Que la deuxième édition soit pleine de succès ! 

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