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Dossier spécial Hommage Papa Wemba Les années Realworld de Papa Wemba

Le CNP Mag devait interviewer Papa Wemba sur sa carrière internationale et sa période Realworld à son retour en France en juin. Mais Papa Wemba n’est plus là laissant un vide énorme et suscitant une vague d’émotion sans précédent, digne d’un chef de L’ Etat. La faucheuse respectant l’une de ses dernières volontés : mourir sur scène. Une mort qui est la marque des grands à l’instar de Molière interprétant Le Malade Imaginaire. Grand, Papa Wemba l’était. Il rejoint la longue liste des artistes et des icônes qui nous ont quitté en cette année 2016. Celui que l’on surnommait de divers sobriquets allant de Fula Ngenge à Vieux Bokul en passant par Mwalimu était un artiste multi-facettes à part dans le paysage congolais et africain.

Acteur notamment dans La Vie est Belle en 1987 et peintre depuis peu, Papa Wemba, fondateur du groupe Zaïko Langa Langa qui a révolutionné la rumba congolaise, est également à l’origine de nombreuses carrières de Koffi Olomide à feu King Kester Emeneya en passant par Awilo Longomba. Jules Shungu Wembadio Pene Kikumba pour l’état civil a amené la musique congolaise et africaine sans doute là où aucun artiste avant lui ne l’avait fait auparavant.

A l’image de son mentor, le Seigneur Tabu Ley Rochereau, premier artiste Africain à se produire sur la scène de l’Olympia en 1969, Wemba a amené notre rumba en dehors des contrées et des frontières du continent. Des artistes comme Alpha Blondy ont toujours salué le travail de pionnier effectué par Papa Wemba, Ray Lema ou encore Salif Keita afin que la musique africaine puisse s’exporter aux quatre coins du globe. Pour se rendre compte de l’impact de Papa Wemba et de son audience, il suffisait au lendemain de sa disparition de réaliser une revue de presse internationale. Outre les titres majeurs français, du New York Times au El Pais espagnol en passant par le Japan Times, le Süddeutsche Zeitung, The Guardian ou le Corriere Della Sera, les plus grands quotidiens internationaux ont salué la carrière hors pair de cet artiste qui était l’une des figures majeures de la World Music, ce terme un peu galvaudé aujourd’hui qui caractérise la musique issue du tiers monde sans prendre en compte les spécificités et les caractéristiques de chacune.

Papa Wemba était un stakhanoviste qui s’est donné les moyens de son succès. Il avait compris qu’il y avait deux publics : son public congolais fidèle et son public « World Music ». Une stratégie que Youssou N’Dour suivra quelques années plus tard avec le succès que l’on connaît aujourd’hui.

Son public, son audience sur la scène internationale, Wemba ne la doit qu’à son travail ambitieux et son audace. C’est le fruit d’un sacrifice qui a failli lui coûter son orchestre Viva La Musica fondé en 1977 et sa réputation avec des polémiques futiles et des rumeurs en tout genre. D’ailleurs, le titre Evènement sorti en 1982 qui marque le retour en grande pompe de l’artiste à Kinshasa après des mois d’absences en est un vibrant témoignage.

Papa Wemba, le voyageur part à l’assaut de l’occident

Toutefois, c’est véritablement à partir de 1986 avec son installation en France que sa carrière internationale va prendre son envol permettant au Rossignol d’enregistrer des albums d’une qualité irréprochable. L’amorce se fait avec Siku Ya Mingu, produit par Martin Meissonnier via le label Celluloid de Karakos et avec l’aide de Jean François Bizot, le fondateur branché de Radio Nova et du magazine Actuel dont le leitmotiv est de défendre la sono mondiale. Siku Ya Mingu deviendra également le premier clip d’un artiste africain diffusé sur les antennes des chaînes hertziennes françaises.

Entre temps, Papa Wemba et son groupe de Viva La Musica se produisent au Japon où la rumba congolaise trouve un véritable écho. Il faut dire qu’en plus de son talent musical certain, Wemba jouit aussi de la faveur de ce nouveau public grâce aux ressemblances linguistiques entre le japonais et le lingala, l’une des cinq langues officielles de la RDC. L’

appétence de Wemba et de sa cour pour les marques japonaises via La S.A.P.E, la société des ambianceurs et des personnes élégantes en est une autre. Ce mouvement originaire du Congo Brazza qui a pris de l’ampleur au Congo Kin grâce à Papa Wemba qui le popularisera et en deviendra par la même occasion, son pape, son parrain. Le passage de Wemba dans l’archipel nippon suscitera des vocations par exemple avec l’orchestre Yoka Choc, un groupe 100% japonais qui réaliser des albums de rumba congolaise en lingala.

Les débuts Realworld

La véritable rencontre sera celle sceller avec le label Realworld fondé par l’ancien leader de Genesis, le britannique Peter Gabriel. Realworld comptera dans ses rangs, Youssou N’Dour et Geoffrey Oryema. Papa Wemba s’inscrit dans le sillage de son mentor Tabu Ley dont il avait rejoint les rangs au sein d’Afrisa International à la fin des 70’S en devenant le second artiste africain a signé avec un label international.

En 1992, Le Voyageur, premier opus produit avec la firme de Gabriel sort dans les bacs. Cet album bénéficie du savoir faire de Shakara Mutela qui deviendra un fidèle de Wemba et dont le travail sera salué par Carlos Santana sur son album le plus populaire, Supernatural. L’ingénieur du son derrière Le Voyageur est un certain Etienne de Crécy avant son succès dans l’univers de la French Touch Electro aux côtés de Cassius, Daft Punk et consorts. L’album à l’image de sa pochette immortalisant un Wemba en haut des marches de Montmartre est une première étape clé dans l’internationalisation de sa carrière. Maria Valencia devient le premier tube du Kuru Yaka permettant à son auteur de passer au Printemps de Bourges et d’accompagner Peter Gabriel sur les plateaux TV comme le Taratata de Nagui et sur scène afin d’assurer la première partie de la tournée mondiale Secret World Tour de Peter Gabriel pour son album US. Cette tournée captée en vidéo et dans un album live certifié disque d’or aux Etats-Unis permettra à Papa Wemba, contributeur sur cet opus en tant que choriste tout comme Stino Mubi et Reddy Amisi de Viva La Musica d’obtenir son seul et unique disque d’or.

Cette nouvelle ère avec Realworld a également des conséquences sur ses albums à destination de son public africain. Foridoles en est la preuve vivante. Un album d’une qualité évidente enregistré avec des musiciens congolais comme Maïka Munan, Sam Mangwana et la famille Viva La Musica. Foridoles est une œuvre cohérente sans fioriture et qui donne ses lettres de noblesses à la rumba congolaise.

Le climax Émotion

L’année suivante marque un virage important dans la carrière du Fula Ngenge avec la sortie d’ Émotion. Il y a un avant et un après Emotion. Papa Wemba a 45 ans d’âge dont 25 années en tant qu’artiste. Il est dans la lignée des grands musiciens congolais tels que Grand Kallé, Franco ou Rochereau et il se forge son chemin dans la World Music. Mais là où d’autres auraient des certitudes, il se remet en cause artistiquement afin de prendre une nouvelle direction. Toutes les conditions sont réunies pour que Papa puisse s’épanouir. Il enregistre en partie l’album dans les studio anglais de Peter Gabriel à Bath où les plus grands ont enregistré depuis, de Sade à Muse en passant par Jay Z, Kanye West et Beyonce pour Watch The Throne. Le tout sous la houlette de Stephen Hague qui a officié auprès de New order, Pet Shop Boys, Peter Gabriel ou encore Robbie Williams. L’équipe est complétée par des musiciens d’envergure, éminents dans la world music comme Lokua Kanza, Christian Polloni ou Jean Phillipe Rykiel. Sur la pochette de l’album, Wemba pose de profil tel un buste d’une statue grec. Couvert d’un vêtement avec capuche sans doute signé Miyake et à l’effigie de l’Union Jack britannique sans doute un clin d’œil à l’équipe Realworld.

Avec cet album, le leader de Viva La Musica devient un véritable monument vivant qui chante Show Me The Way afin de guider et de montrer la voie à suivre pour les générations à venir. Emotion signe son renouveau, le signe d’un nouveau souffle. Émotion est la quintessence du dialogue entre la musique occidentale et la musique congolaise, un authentique mariage de sons et d’inspiration. Le timbre de voix particulier de Wemba hérité de sa mère Maman Nyondo est mis en avant et devient un carrefour de rencontre entre la rumba congolaise, le rock, la pop, l’acoustique, la salsa, la folk et la soul d’Otis Redding, son autre idole qu’il célébrait déjà en 1982 dans Evènement.

Après le Japon et La France, Wemba vit son rêve américain puisque l’album obtient un succès critique salué par la presse musicale du pays de l’ Oncle Sam permettant au passage à l’album de faire son entrée au sein du Billboard , le hit parade. Yolele, le morceau d’ouverture tout comme Maria Valencia sur son précédent opus pour Realworld devient un véritable tube qui sera utilisé comme jingle publicitaire pour la friandise Raffaello du groupe Ferrero.

Papa Wemba est sollicité afin de défendre l’album sur scène, il s’exécute en fondant un nouveau groupe pour ce nouveau public. L’orchestre se nomme Molokaï, du nom de son village de Matongé à Kinshasa. Molokaï est l’acronyme de plusieurs rues : Massimaniba, Oshwe, Lokalamu, Kanda Kanda et Inzie. Bien qu’il ait quitté sa terre natale pour aller à la rencontre du monde, ce choix prouve que Wemba reste attaché à son ADN, à ses racines.

Molokaï, la fin de l’aventure Realworld

D’ailleurs, l’album suivant pour Realworld qui vient clôturer cette magnifique parenthèse enchantée avec le label anglais s’appelle Molokaï. La boucle est bouclée. Molokaï se conçoit davantage comme un album à l’ambiance acoustique live en prise directe à l’inverse d’Émotion, un album purement de studio. Wemba tire sa révérence en reprenant quelques uns de ses plus grands titres. Son nouveau public a droit à de magnifiques réorchestrations d’Esclave, Bakwetu ou Mfumu Yami. Il y a aussi des inédits notamment Excuse Me, le sublime titre d’ouverture. Un accapela d’une beauté rare et pure qui met en avant la voix si particulière de son interprète. Lorsqu’on écoute sa discographie chez Realworld, on se rend compte que l’instrument réellement mis à l’honneur d’album en album est la tessiture de Wemba, un timbre de voix hors du commun qui va nous manquer.

L’épisode Realworld a profondément marqué la carrière de celui que l’on surnomme aussi Jeune Premier et qui tient à le rester dans sa démarche artistique.

Ses œuvres à destination de son public africain prendront également un nouveau cap avec sa nouvelle mouture, Nouvelle Ecriture afin de rester au contact avec la jeunesse séduit par l’arrivée du Ndombolo du collectif Wenge et du Tchatcho de son poulain, Koffi Olomide avec lequel il collaborera sur l’album commun devenu depuis la rencontre au sommet Wake Up.


Les albums suivants de Papa Wemba seront une synthèse de l’expérience Realworld toujours entre tradition et modernisme et quelque part entre les sons Molokaï et Viva La Musica.

Même si sa carrière internationale marque le pas suite à son incarcération dans l’affaire des visas, l’œuvre de Wemba prolonge le travail entrepris par ses aînés afin de permettre à la musique congolaise de rester sur l’échiquier musical mondial tout en faisant sauter les barrières.

Grâce à son attachement à la culture congolaise et plus particulièrement celle de sa tribu Tetela, Wemba a réinventé, renouvelé, révolutionné et modernisé la rumba congolaise et indéniablement ouvert la porte à l’émergence d’une nouvelle génération et une scène congolaise alternative des Mbongwana Star à Benda Billi en passant par Konono afin qu’elle puisse s’exprimer sur toutes les scènes du globe. Fula Ngenge un jour, Fula Ngenge toujours.


2 ans après : Génération Papa Wemba 

Deux ans jour pour jour après la mort de Papa Wemba, les hommages continuent à encenser celui qui était devenu le porte-étendard de la culture congolaise sur la scène internationale. 
Pour honorer sa mémoire, ses enfants que Congo Na Paris a eu le plaisir d’inviter lors de la première édition, ont lancé via la « Fondation Papa Wemba Partage », une semaine de festivité à Kinshasa, du 23 avril au 29 avril 2018. C’est à cette occasion que la Fondation Papa Wemba Partage a été officiellement présentée. Cette dernière a pour vocation d’aider et d’améliorer les conditions de vie des enfants au Congo, de contribuer et d’investir dans le domaine de l’éducation, la santé et la culture à travers des actions sociales.

Dans ce même élan d’hommage, un documentaire à titre posthume de 124 minutes, réalisé par le rédacteur en chef franco-congolais de Trace TV, Elvis Adidiema, lui est consacré, projeté en avant-première à l’hôtel Radisson Blu, à Brazzaville, à la veille de la date anniversaire de sa mort et le 25 avril à Kinshasa, par les responsables de Trace Kitoko, une nouvelle chaîne dédiée à la  musique et la culture congolaise.

Intitulé “Génération Papa Wemba”, ce documentaire retrace par le biais de témoignages, l’histoire d’un artiste totémique, pionnier, mais surtout Intergénérationnel. 

De Paris à Kinshasa en passant par Abidjan, Elvis est  allé à la rencontre de ces personnes qui constituent la Génération Papa Wemba. De Fally Ipupa à Ferre Gola, en passant par Lokua Kanza tous ont livré un témoignage poignant en mémoire du « Vieux Bokul ». 

Ce film exclusif a été diffusé le dimanche 29 avril sur les chaines Trace et France Ô.


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